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Dobet Gnahoré
© D.R.

Portrait de: Dobet Gnahoré

Si certains artistes en concert s'économisent ou bien ont du mal à faire oublier qu'il y a d'un côté la scène, de l'autre le public, ce n'est certainement pas le cas de Dobet Gnahoré. La jeune chanteuse ivoirienne y est fulgurante d'engagement, de lâcher prise. Elle habite ses chansons avec une intensité brûlante. De la voix bien sûr, forte et puissante, mais aussi du regard, de son corps tout entier. Elle chante, danse, exprime le vent qui souffle en elle, le feu qui y brûle. Entière et fiévreuse, Dobet Gnahoré a une force de caractère, un talent, à fleur de geste. Elle sort aujourd'hui son deuxième album, Na Afriki, "mon Afrique", en dida, l'une des langues parlées en Côte d'Ivoire. Elle l'utilise aux côtés du guéré (autre langue du pays), mais aussi du wolof (Sénégal), du malinké (Mali), du xosha (Afrique du Sud), du fon (Bénin) et du lingala (Congo).

Les musiques de ses chansons qui, entre grandes douleurs et lueurs d'espoir, disent sa vision de l'Afrique et du monde, jouent également les saute-frontières. "Ce mélange, c'est une manière de me rapprocher de chez moi, de la diversité que j'y ai côtoyé" dit-elle. Son identité, son savoir-faire artistiques lui viennent de la ruche fiévreuse où elle a grandi, à partir de cinq-six ans, le village Ki-Yi, à Abidjan, mais d'abord et avant tout, insiste la chanteuse, de son père, Boni Gnahoré. "C'est grâce à lui si je suis artiste aujourd'hui. Quand j'ai arrêté l'école, vers 12-13 ans, il a créé au village Ki-Yi un module appelé Demissenw ("les enfants" en langue dioula), puis ensuite l'ensemble les Evadés et il m'y a intégré. Je lui dois tout. Même encore aujourd'hui, quand j'ai envie de chanter en dida, je fais appel à lui pour m'écrire mon texte. Dans cet album, il a fait les arrangements de trois titres. C'est mon guide dans tout ce que je fais. J'ai peur de l'avenir, du jour où il va partir." Créé à Abidjan en 1985 sur une idée de Werewere Liking, universitaire, écrivain et metteur en scène d'origine camerounaise, le village Ki-Yi est le cadre de vie du groupe Ki-Yi M'Bock, un ensemble de création et de production artistique panafricain dont Boni Gnahoré, le père de Dobet Gnahoré, devient maître-tambour à partir de 1987. Au village Ki-Yi, tous les jeunes pensionnaires sont formés à une pluridisciplinarité artistique : théâtre, musique, danse, peinture, stylisme, art culinaire… "Quand mon père partait pour les tournées à l'étranger avec le groupe, j'étais désespérée. Il est la base de tout mon bonheur. Il m'a transmis l'envie d'être artiste" poursuit Dobet Gnahoré.

Son père l'aide également à rester en contact et cultiver ses attaches avec sa langue natale. "Ce savoir que j'ai reçu de lui, cette transmission, j'aimerais que cela continue. Moi-même j'ai envie de transmettre des choses à ma fille. Parfois, quand je chante à la maison, elle me donne son avis. Je veux lui transmettre la danse aussi, le rythme, la mélodie. J'ai envie qu'elle ait toutes ces bases. Après, elle en fera ce qu'elle voudra, ou peut-être n'en fera rien. Mais elle les aura."



Patrick Labesse




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